Livre ou liseuse ? | Écolo mon cul ! | ARTE
322 segments
[musique]
E ventilo, regarde ce que j'ai trouvé.
Ah oui, trop bien l'amour des arbres.
Un must obligé, on le prend.
Massacrer une forêt pour écrire un livre
sur la sensibilité des arbres. La bonne
blague.
[cri]
Et allez, c'est reparti pour une crise
d'écanxiété.
Comment bien choisir pour éviter la
catastrophe ? Papier ou plastique
thermique ou électrique, cuir ou
synthétique ? Comment savoir si c'est
super green ou carrément ?
Ah bah je sais, on est trop bête, on a
qu'à prendre une liseuse. Stylé non ?
Elle est toute petite et on y cale tous
nos bouquins sans abattre un seul arbre.
La forêt nous dira merci.
Dites donc les deux champions qui
pensent sauver la planète avec un
rectangle en plastique
qui nous.
Ouais, c'est un peu plus subtile que ça.
Allez, ouvrez vos manuels, on va
potasser. Tout d'abord, si vous
souhaitez faire un achat éclairé, il
faut commencer par comparer ce qui est
comparable.
Il faut donc pour le livre, comme pour
la leiseuse, s'intéresser à leur cycle
de vie. Pour ce qui est du livre, tout
commence avec des arres. Vous êtes
plutôt au pain, eucalyptus ou acacia.
Dans un contexte mondialisé, le papier
que vous tenez dans vos mains en Europe
est probablement issu d'une essence
exotique.
Moi, je sens des notes d'eucalyptus.
Oui. Auquel se mêle le doux parfum du
gasoil.
Oh !
Rien qu'en France, 500 millions de
livres sont produits chaque année pour
assouvir votre soif de lecture.
Entendez-vous ? Chaque page tournée, le
bruit des Hes et des tronçonneuses.
Si on considère un livre moyen, disons
300 pages, il faut abattre en moyenne un
eucalyptus pour produire 100 livres.
[cri]
Mais c'est pas tout. Pour produire la
pâte à papier, il faut déchiqueter le
bois pour récupérer les fibres contenues
dans le tron. Séparer la cellulose de la
lignine,
puis blanchir la pâte,
la presser, la lisser, la sécher,
l'embobiner. [rires]
Dans l'ensemble ces 320 L d'eau qui
seront utilisés dans la production d'un
seul livre.
Entendez-vous maintenant le bruit des
presses en usine ? C'est le nombre de
l'édition qui imprime, assemble en
paquette. Et puis, il y a l'encre, un
savant mélange de pigments liant et
solvant qui peut représenter jusqu'à 2 %
du poids d'un livre. Et maintenant le
bruit des Pqubo, des trains,
c'est la distribution.
Et voilà comment toutes ces histoires
arrivent jusque dans vos mains.
Oui, mais c'est quand même pour quelque
chose de bien. Depuis des siècles, ça
nous permet de partager de la culture,
du savoir, s'ouvrir sur le monde.
Apprendre à en prendre soin.
C'est vrai, sauf que souvent ces livres
ne sont lus qu'une seule fois.
Avant de prendre la poussière sur une
étagère pendant des années. Et ça pour
le bilan environnemental, c'est pas ouf.
Pire. Ils feront peut-être partie des
invendus, des livres produits et envoyés
directement au pilon sans même avoir été
ouvert. C'est le sort de près d'un/4 de
la production de livres actuellement. Je
vous entends déjà.
Oui, mais il y a le recyclage.
Et gn g. Et bien en France, 60 % des
livres pyonnés peuvent espérer une
deuxième vie.
C'est pas mal mais ça laisse quand même
40 % pour la décharge ou l'incinérateur.
Et de toute façon, malgré cette fin
sordide, le plus gros impact sur le
climat et sur les ressources en eau
survient lors de la phase de fabrication
du livre.
Ah voilà, je le dis depuis le début, une
bonne liseuse et hop, ce qu'il faut,
c'est dématérialiser.
Pas si vite, champion. Une liseuse,
c'est pas du tout dématérialisé. Au
contraire, c'est même très très
matériel. Il faut du plastique pour
l'objet en lui-même et puis pour les
composants électroniques, il y a de
l'aluminium, du cuivre, de l'indium, de
l'éteint, toute une floppée de métaux
plus ou moins rare arraché à la terre
dans des exploitations minières qui
nécessitent au préalable de raser des
forêts. Ainsi, l'exploitation minière
représente la troisème cause de
déforestation dans le monde. Et puis
comme pour les livres, il y a l'encre
aussi. L'Éliseuse fonctionne avec la
fameuse ancre électronique.
Techniquement, il s'agit de deux types
de particules. Les unes blanches, les
autres noires, chargé électriquement
pour remplir alternativement les pixels
de l'écran et former des mots. On
appelle ça un affichage
électrophorétique.
Le mot est joli et le système astucieux
car c'est ce qui permet aux liseuses de
consommer très peu d'électricité.
En gros, quand vous lisez, l'appareil ne
consomme pas du tout d'énergie. C'est
uniquement lors de changement de page
que les ancres s'affolent et se
déplacent pour modifier l'affichage sur
l'écran. Résultat ! En avalant à la
recherche du temps perdu de Marcel Prou,
avec ses 2400 pages et 1,5 million de
mots, vous aurez la même consommation en
électricité.
Qu'un ou deux expressos bien tassés.
C'est bien ce que je dis, la liseuse.
Sauf que je n'ai pas fini. Il y a aussi
toute l'infrastructure nécessaire pour
remplir et faire tourner votre petite
bibliothèque virtuelle
et c'est-à-dire
c'est-à-dire tout le fatra du numérique,
une box internet, des réseaux, des
centres de données. Bien sûr, on ne doit
prendre en compte qu'une petite partie
de leurs impacts car les livres
numériques représentent une faible part
des données échangées sur les réseaux.
Mais tout cela contribue quand même à la
facture environnementale finale. En
fait, si on fait bien les comptes, quels
que soient les indicateurs, émission de
particules fines, changement climatique,
utilisation des ressources minérales et
métalliques ou encore écotoxicité de
l'eau douce, la fabrication d'une
liseuse génère beaucoup plus d'impact
que la fabrication d'un livre.
C'est sûr que vu comme ça,
Oh, belle pile. Ça vous fait combien de
livres ?
Euh, 19 20 21.
Ah, pas parfait. Prenez-les en version
numérique. Au-delà de 20 livres
numériques, vous avez l'offre
Écolecture. La Liseuse est à boîtier
prix.
Encore du green washing. Offre
écolecture. Mon euh attends, pourquoi
c'est à partir de 20 livres ? Oh, faut
vraiment tout vous expliquer en fait.
Pour faire la comparaison entre un livre
papier et une liseuse, il faut
déterminer leur unité fonctionnelle,
c'est-à-dire le service quantifiable que
ces deux objets vous rendent. Ici,
l'unité [musique] fonctionnelle, c'est
de lire un livre. À partir de là, on
regarde quelles sont les quantités de
matière, d'énergie et les émissions
associé à chaque solution pour assurer
ce service. Or, ajouter un livre
numérique supplémentaire sur votre
Liseuse aura un impact négligeable.
Alors que pour ajouter un livre papier à
votre bibliothèque, il faut repartir de
zéro.
Non, allez, allez, pas de panique. On va
pouvoir identifier le seuil de
pertinence environnemental.
Le quoi ?
En gros, combien de livres papiers
faut-il fabriquer pour générer autant
d'impact que la production d'une salle
liseuse ?
C'est-à-dire combien de livres
devrez-vous lire sur votre liseuse pour
amortir les pollutions liées à sa
fabrication ? Et ça, ça dépend de
plusieurs paramètres. Votre fréquence de
lecture, combien de livres vous dévorez
par an ? Le nombre moyen de pages des
livres que vous lisez. Un essai de 50
pages n'a pas le même impact qu'une
trilogie qui en fait 900.
Le format moyen de vos bouquins en
version papier, le format poche
nécessite de produire moins de matière
et je rapporte le tout à la durée de vie
de votre liseuse car évidemment plus
vous la gardez longtemps, plus les coûts
environnementaux seront amortis.
Ouais mais là s'il faut faire des maths
pour acheter un bouquin, franchement.
Bon ok, revenons à la base. Reprenons
notre livre de format moyen de 300
pages. Pour que l'impact de votre
liseuse soit équivalent à celui des
livres neuf sur tous les indicateurs, il
vous faudra lire 200 livres numériques.
La durée de vie moyenne d'une liseuse
étant de 5 ans, cela revient à lire 40
livres par an.
Allez, 40 bouquins par an, on est cap. À
nous la liseuse. Tu fais quoi ?
Je vais quand même prendre ces trois
livres. J'aime bien l'objet. Je peux
corner les pages et puis je voulais le
passer à mes parents aussi, ce sera plus
simple. Et cette odeur d'eucalyptus. Hm,
mais liseuse plus livre, on double tous
les impacts là.
Mais tu as raison, je vais faire péter
la facture environnementale.
Et oui, et c'est une habitude plutôt
répandue. Seul 1 % des utilisateurs et
utilisatrices de liseuses ne lisent que
des formats numériques. Les 99 %
restants achètent aussi des livres
papier en [musique] plus des livres
numériques. Et puis dans les faits, vous
lisez de moins en moins de livres.
18 livres par an en France en moyenne et
ça ne cesse de baisser. En 2024, vous
lisiez 3h40 par semaine en moyenne, soit
1 heure de moins qu'en 2023. Pas de quoi
contrebalancer les impacts
environnementaux d'une liseuse par
rapport à des livres neufs. Et en plus,
il faut rappeler que vous ne lisez pas
que des livres neufs. Un livre en
papier, ça se prête. Ce qui est beaucoup
moins le cas d'une liseuse. Si votre
colloque lit ce [musique] fameux bouquin
que vous venez de lui filer, vous
divisez par deux son impact
environnemental. Et oui, car le livre a
été fabriqué une fois, mais il a rendu
son service deux fois. Plus nos livres
papiers passent de main en main, plus le
fossé augmente avec la liseuse
entraînant un glissement radical du
point de bascule. Du coup, pour amortir
les impacts de votre liseuse, ce n'est
plus 40 mais 200 livres qu'il faudra
lire chaque année. Conclusion : ou sans
liseuse, vous pouvez tout à fait adapter
vos habitudes de lecture pour limiter
les impacts environnementaux. Il faut
juste prendre un peu de recul et
identifier le type de lecteur que vous
êtes.
Mais oui, c'est pas si compliqué. Pour
justifier l'achat d'une liseuse, il faut
vraiment lire de très gros volumes de
livres numériques chaque année
et essayer de n'acheter aucun livre
papier.
Et pour les livres papiers, il faut se
questionner avant d'en acheter des neufs
à la pelle.
Bien vu. Vous pouvez d'ailleurs choisir
les maisons d'édition qui mettent déjà
en place des pratiques vertueuses
écologiquement. Forme à poche, papiers
recyclés, moins d'ancrage. Et puis il y
a aussi le don personnel [musique] ou
associatif, les boîtes à livres et
surtout les bibliothèqu autant
d'alternatives possibles au neufs.
D'ailleurs, je ne sais pas si vous vous
rendez compte mais les bibliothèques,
invention de génie, c'est sans doute le
système de diffusion du livre le plus
écologique. Bravo [cri] l'humanité.
Oui, mais si on arrête d'acheter des
livres neufs, toute la chaîne du livre
va s'effondrer.
C'est pas faux. Les autrices, les
auteurs, les libraires, les maisons
d'édition. C'est déjà pas simple de
gagner sa vie avec des livres. Pour
produire moins de livres neufs, il
faudrait repenser toute l'industrie et
ses modèles de rémunération en
profondeur. Un beau chantier de société.
Mais c'est dingue, tu as encore emprunté
la moitié de la bibliothèque ? Bah oui,
mais c'est du prê. Zéro impact ou
presque.
OK, mais avec tout ça, impossible de
rentrer à pied. Qu'est-ce que tu
préfères ? Voiture ou vélo électrique ?
Tiens pour t'éventer. Oj.
Yeah.
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