On ne peut plus rien dire ! | Est-il vrai que...? | ARTE
619 segments
[musique]
Liberté d'expression, liberté d'opinion,
liberté de la presse. Elle forme le
socle de notre démocratie. Pourtant, ces
droits n'ont triomphé que très
tardivement.
[musique]
Pendant des siècles, papes et monarques
ont dicté ce qui pouvait être dit ou
non. Les écrits étaient censurés, les
livres interdits, les dissidents
persécutés.
Puis est venu le temps de l'émancipation
porté par l'imprimerie, les lumières et
les droits civiques.
Et aujourd'hui, par peur de la cancel
culture, des poursuites judiciaires ou
même des menaces de mort, de moins en
moins de gens osent s'exprimer
publiquement.
Mais pouvait-on vraiment en dire plus
avant ?
[musique]
Pour comprendre l'essence de la liberté
d'expression, il faut commencer par
faire une chose, en parler.
Si l'on en croit le célèbre philosophe
hollandais Barou Spinoza, la liberté
d'expression, ça veut dire que chacun a
le droit de penser ce qu'il veut et de
dire librement ce qu'il pense.
Comme il n'est plus possible
d'interroger Spinoza en personne, nous
avons rencontré Jacob Mengama.
Juriste à Nashville aux États-Unis, il
est convaincu que la liberté
d'expression est un accomplissement
culturel majeur. C'est loin d'être la
norme aux origines de l'humanité.
Dès les premières sociétés humaines, il
existait déjà une forme de cancel
culture,
une pression à la conformité.
Et c'était sans doute très utile à
l'époque des chasseurs cuueilleurs
car il fallait que quelqu'un tranche au
nom du groupe pour assurer la survie de
tous.
Autrement dit, un désaccord persistant
s'avère contre-productif pour se
défendre collectivement face au danger.
Au fond de lui, l'être humain a un
besoin vital d'harmonie, ce qui fait de
lui un sens aré.
À mesure que les sociétés sont devenues
plus complexes et plus vastes, la
censure est apparue.
Elle servait à protéger les puissant.
Qu'il s'agisse d'un souverain
absolutiste ou d'une église influente.
Il est d'autant plus surprenant qu'au 4e
siècle avant notre ère, une cité grecque
ait choisie une trajectoire radicalement
différente.
Les Athéniens distinguaient deux formes
de liberté d'expression. L'iségorie qui
garantissait l'égalité de parole dans
l'espace politique et la parésie, la
parole sans crainte qui traduisait un
engagement citoyen envers la tolérance
des idées divergentes.
La participation politique de l'époque
est le privilège des hommes à condition
qu'ils ne soi ni esclave ni étranger.
Malgré ces restrictions, les idéaux
affichés restent élevés.
Si l'iségorie était réservée aux
citoyens athéniens de sexe masculin, la
parisie était un concept beaucoup plus
large.
Même des étrangers comme Aristote
pouvaient s'installer à Athè et y faire
entendre leur voix.
Et ce n'est pas tout. La démocratie
athénienne tolère les opinions hostiles
au régime lui-même.
Le philosophe Platon, par exemple, ne
cache pas son mépris pour les décisions
de la majorité.
À ses yeux, la foule est facilement
manipulable et se montre incompétente
face à la sagesse des philosophes
instruits.
C'est aujourd'hui, encore à mon sens le
vrai révélateur de la liberté
d'expression. Peut-on critiquer son
propre gouvernement et le système dans
lequel on vit ?
Ce qui ne veut pas dire que tout est
permis à Athènes.
[musique] L'exemple le plus célèbre
reste le maître de Platon,
Socrate.
Accusé d'impiété et de corruption de la
jeunesse, il est condamné à mort par un
tribunal populaire.
À cette époque, il n'existe aucun
recours légal pour défendre sa liberté
de parole.
Pourtant, le bilan de la démocratie
athénienne suscite souvent l'admiration.
On a souvent tendance quand on défend la
liberté d'expression à se tourner vers
la démocratie athénienne pour y voir
l'origine de ce droit.
Andrew Bricker est chercheur en
littérature anglaise à Gan en Belgique.
Pour lui, l'histoire de la liberté
d'expression est loin d'être un long
fleuve tranquille.
C'est même tout l'inverse.
Le piège serait d'imaginer une évolution
linéaire et de se proclamer les
héritiers de la liberté d'expression
athénienne.
En réalité, un regard global sur cette
période et sur les siècles et même les
millénaires qui ont suivi montre que la
règle générale n'était pas la liberté
totale mais bien la restriction de la
parole.
C'est un fait. La liberté d'expression
peine à s'imposer. Elle n'est même pas
défendue par ceux qui en sont le plus
privés.
L'histoire montre souvent que les
persécutés finissent par devenir les
persécuteurs.
Le christianisme a longtemps été
considéré comme une secte juive
sédicieuse et étrange
et il a été traqué par l'Empire romain
et ses empereurs.
Quand le christianisme est devenu la
religion d'état de l'Empire romain, il
est devenu le persécuteur.
Soit dit en passant, ce que l'empereur
Théodose I déclare comme religion
[musique] d'état en 380 n'est qu'un
courant particulier du christianisme.
C'est pourquoi il interdit les cultes
païens mais aussi toutes les autres
branches du christianisme.
Cette intolérance de principe sera
partagée par de grandes figures de
l'église, notamment par un moine
allemand qui incarnera plus de 1000 ans
après un tournant historique de la
liberté d'expression.
Il faut bien comprendre que Martin
Luther n'était pas un partisan de la
liberté universelle de conscience ou de
religion.
Pour lui, sa propre interprétation du
christianisme était la seule et unique
vérité.
Paradoxalement, le réformateur va
grandement bénéficier d'une technologie
naissante qui accélère la diffusion des
idées.
Nicolas Rosbar, chercheuse en
littérature moderne allemande, résume
cette dynamique de la façon suivante.
La réforme coïncide avec l'arrivée de
l'imprimerie. Ce sont deux événements
indissociables.
C'est un triangle, censure, réforme et
imprimerie.
C'est d'ailleurs pour ça que de nombreux
spécialistes estiment que l'histoire de
la censure commence réellement à ce
moment-là.
[musique]
L'histoire de la liberté d'expression se
heurte ici à son propre paradoxe. Dès
lors que les hommes peuvent diffuser
leurs pensées plus vite et plus
facilement, on le leur interdit. Aux
yeux des dirigeants, la censure devient
l'unique rempart capable de stopper la
propagation des hérésies.
À chaque fois qu'une nouvelle
technologie de communication émerge au
cours de l'histoire,
on assiste à ce que j'appelle une
panique des élites.
Les gardiens des institutions qui
contrôlaient jusqu'alors les flux
d'informations et d'idées redoutent de
voir l'espace public s'élargir.
Ce ne sont pas tant les livres qui
alertent les senseurs, mais plutôt les
tractes et les penflets.
textes étaient distribués par des colp
porteurs et déclamés sur les places de
marché.
Leur impact était considérable, bien
plus fort que celui d'un ouvrage
précieux et hors de prix rangé au fond
d'une bibliothèque ou d'un édifice
aristocratique.
Face à cela, l'Église catholique
s'alarme et organise la riposte.
[musique]
Le pape a émis plusieurs bulles
interdisant la lecture des écrits de
Luther et l'empereur s'est empressé de
lui emboîter le pas.
En représaille, Martin Luther appelle à
boycotter les textes pontificaux et
organise des autodés de livres. L'enjeu
devient alors éminemment politique.
À cette époque, l'idée dominante était
que si on s'écartait de la religion
officielle, la société toute entière
s'effondrerait.
La réforme protestante marque le coup
d'envoi de la censure en Europe.
Pourtant, la production de livres
s'intensifie, y compris celle des
ouvrages qui déplaisent aux cardinaux et
aux princes. Pour contourner
l'interdiction, il suffit parfois de
changer de juridiction et de trouver une
imprimerie dans la bonne région.
N'importe quel livre pouvait paraître en
Allemagne. Il suffisait de s'éloigner du
centre de Hambourg, par exemple.
Les villes néerlandaises en font un
véritable fond de commerce. Au 17e
siècle, on y imprime des œuvres jugées
hérétiques partout ailleurs. Les
Pays-Bas de l'époque, c'était un peu le
dark web d'aujourd'hui.
On y introduisait des manuscrits en
contrebande.
Ils étaient imprimés, anonymisés
puis renvoyés clandestinement vers des
pays étrangers comme l'Allemagne ou la
France.
C'est ainsi qu'un certain Galilée fait
imprimer son dernier ouvrage au
Pays-Bas, faute de pouvoir obtenir
l'autorisation préalable ailleurs. Aucun
livre ne peut paraître sans cette
licence.
En Angleterre, le Parlement encadre
cette censure par le Licensing Act, une
loi vivement [musique] critiquée par le
poète John Milton.
[musique]
Son argument c'était qu'un senseur est
incapable de distinguer le vrai du faux
et que par conséquent censurer est une
erreur.
Pour le milieu du 17e siècle, c'était
une position très progressiste.
Quelques décennies plus tard, la
position de John Milton semble s'imposer
politiquement. En 1695, le Licensing Act
n'est pas renouvelé en Angleterre, mais
enfin du jour au lendemain à la censure
préalable.
Soudain, la presse est devenue
totalement libre.
Mais les débats de l'époque montrent une
toute autre réalité. Cette loi a expiré
par accident.
C'est la chambre des lords qui a refusé
de la reconduire parce que les partis au
pouvoir l'instrumentalisaient.
En 1695, presque personne ne voulait
d'une presse vraiment libre.
Il est d'autant plus étonnant que la
censure préalable ne soit pas rétablie
les années suivantes, mais une toute
autre réalité va rapidement s'abattre
sur les auteurs anglais.
Le gouvernement s'est mis à utiliser les
lois sur la diffamation. Elles étaient
conçues au départ pour régler des
litiges entre particuliers et puis au
18e siècle, elles sont devenues le
principal instrument de la régulation de
la presse.
Grâce à ce levier juridique, le
gouvernement anglais montre les dents.
Il tracte tout ce qui s'apparente à de
la diffamation.
Mais les auteurs anglais ont de la
ressource.
L'une
des conséquences intéressantes, c'est
que les satiristes ont trouvé de
nouveaux moyens de formuler leurs
critiques
et cela a débouché sur de nouveaux types
d'ambiguïté verbale. Par exemple, si je
devais m'en prendre au narrateur de ce
documentaire,
pardon, je ne le ferai pas directement.
Ça c'était l'ancienne méthode. Ce
narrateur est un idiot. C'est un
incapable. Il est nul dans ce qu'il
fait. Ouais. Heureusement, la
démonstration d'Andrew finit par prendre
une tournure beaucoup plus flatteuse.
Je dirais plutôt, "Ce narrateur est
incroyablement intelligent. Il ne commet
jamais aucune erreur. Il est excellent
dans ce qu'il fait et ainsi de suite.
Car ce que l'on dit et ce que l'on veut
dire sont parfois deux choses bien
différentes.
Les satyiristes s'emparent des
contraintes de la censure pour
développer de nouvelles manières
d'attaquer, souvent à travers l'ironie.
Au cours du 18e siècle, plusieurs
auteurs britanniques se prêtent à ce jeu
de cache-cache verbal.
C'est le cas du satiriste Jonathan Swift
avec son roman Les voyages de Gulliver.
[musique]
Aujourd'hui, la plupart des gens
connaissent les voyages de Gulliver
comme une œuvre de littérature
enfantine, ce qui est assez surprenant
parce qu'au départ, c'était une parodie
de carnet de voyage vraiment complexe
qui se montrait très critique par le
biais de l'allégorie et de l'ironie.
Le roman de Swift regorge de personnages
inspirés de figures bien réelles, malgré
des différences de taille [musique]
flagrantes.
Mais la justice s'adapte et trouve le
moyen de condamner la satire, du moins
jusqu'à un certain point.
L'une
des conséquences involontaires de cette
situation, c'est l'absence de lois
similairire pour poursuivre les images
satiriques.
Résultat, à la fin du 18e siècle, on a
vu apparaître la caricature comme un
genre majeur de la satire, non seulement
en Grande-Bretagne, mais plus
généralement à travers toute l'Europe.
Face à cette insolence artistique, les
dirigeants hésitent sur l'attitude à
adopter.
On dispose de nombreuses preuves issues
de la correspondance du secrétaire
d'État et du procureur général où il
débattait précisément de ce type de
satire.
Il se demandait souvent s'il y avait un
moyen de les poursuivre efficacement
sans couvrir le gouvernement de honte.
Et la réponse à laquelle il parvenait à
chaque fois, c'était que malgré la
violence des attaques visant directement
les députés et les membres du
gouvernement, les tribunaux restaient
totalement impuissants face aux images
satiriques.
Mais les nouveaux modes d'expression
créatif ne sont qu'un aspect de
l'évolution.
Beaucoup d'auteurs et d'éditeurs ont
peur de la justice. Après tout, il
risque de lourdes peines de prison. Dans
le doute, il préfèrent s'adapter.
Et ces ciseaux invisibles agissent
peut-être de manière aussi efficace
qu'une censure préalable de l'État.
Malgré tout, même les imprimés interdits
trouvent leur chemin vers le public.
Pour le 18e siècle, époque où le marché
du livre a véritablement explosé, ce
phénomène est très bien documenté.
On utilisait des pseudonymes, l'anonymat
ou de fausses maisons d'édition pour
contourner la censure.
Il y avait même de fausses couverture de
livres qui, une fois l'ouvrage ouvert
révélait un tout autre texte.
Nicolas n'a certes pas lu tous les
livres censurés, mais elle en a réuni
quelques-uns. Dans le cadre de ses
recherches à l'université de Cassel.
Il y a le docteur Givago de Boris
Pasternac, sorti clandestinement de
l'URSS.
Charles Baudler. grand pionnier de la
poésie moderne qui a provoqué un
scandale retentissant en France à
l'époque
et bien sûr ce cher Harry Potter qui est
là pour cause de censure scolaires aux
États-Unis.
Si ces livres sont sous plastique, c'est
en raison de leur histoire récente. En
2017, ils font partie d'une installation
artistique, le part et nom des livres.
Érigé au cœur de la ville de Cassel,
cette réplique du célèbre temple de
l'acropole d'Athène est composée de
50000 ouvrages. Ils ont en commun
d'avoir été interdits quelque part dans
le monde à un moment donné de
l'histoire.
Nicolas Rosbar et son équipe ont
répertorié tous les titres et de nouveau
s'ajoutent constamment à la liste.
Actuellement, la liste de Cassel compte
180000 titres, mais je précise toujours
que c'est un film.
On a beau dire que c'est le plus grand
répertoire de livres interdits au monde.
En réalité, le nombre d'ouvrages
censurés est infiniment plus élevé.
[musique]
Car depuis que les livres existent, ils
sont censurés ou même détruits à chaque
époque, souvent avec une large
approbation, y compris au 18e siècle à
l'air des lumières.
[musique]
C'est un sujet très frustrant car on
s'imagine toujours que les penseurs des
lumières étaient contre la censure. En
réalité, la plupart d'entre eux se sont
aussi servis de cet outil.
À vrai dire, le célèbre détracteur de la
censure, John Milton, réclamait déjà lui
aussi l'interdiction de certains propos.
C'est l'une des ironies de l'histoire,
ce que j'appelle la malédiction de
Milton. Beaucoup de défenseurs de la
liberté d'expression voulaient la
liberté pour certaines idées, mais pas
pour toutes. La liberté d'expression
a-t-elle jamais été pensée pour tous ?
L'histoire européenne parle d'elle-même.
En 1789,
la France révolutionnaire l'érige en
droit de l'homme avant de la restreindre
dans la foulée.
Plus tard au 20e siècle, les régimes
totalites le confirment. Le désaccord
porte avant tout sur ce qu'il faut
censurer et non sur le principe.
Et qu'en est-il dans nos démocraties
modernes ? La liberté d'expression y
est-elle absolue comme le prétendent par
exemple les États-Unis ?
En 1966 dans l'Ohio, un dirigeant du
Cuclux clan du nom de Clarence
Brandenberg est condamné pour incitation
à la violence.
[musique]
Ces propos profondément racistes et
contraires à la dignité humaine ne
laissent aucun doute sur ces
motivations. Pourtant, la Cour suprême
des États-Unis va casser ce jugement peu
après dans des circonstances assez
particulières.
[musique] L'un
des juges était Thergood Marshall, le
premier afro-américain à siéger à la
Cour suprême.
Il avait passé toute sa vie à lutter
contre la ségrégation raciale.
Autant dire qu'il n'appréciait pas
beaucoup Clarence Brandenberg ni le
CKlux Clan, mais il croyait dur comme
faire que la liberté d'expression et
l'égalité sont deux valeurs qui vont de
pair. Selon lui, tout le monde profite
finalement d'une liberté d'expression
radicale, y compris les groupes
marginalisés.
Avec l'arrivée d'Internet dans les
années 2000, cet idéal semble se
réaliser comme le décrit la militante
Anna Lena von Odenberg.
Au début, ce qui s'est passé avec les
réseaux sociaux était fantastique pour
les groupes marginalisés. Pour la
première fois, ils avaient une voix. Ils
pouvaient lancer une chaîne YouTube ou
s'exprimer sur TikTok.
Mais l'histoire de la liberté
d'expression reste jalonnée de paradoxe.
Ces dernières années, on constate que
ces mêmes groupes qui avaient réussi à y
retrouver un espace en sont
systématiquement chassés par la haine,
la violence et la désinformation.
À long terme, ça les empêche de se faire
entendre.
Difficile dès lors de parler d'une
liberté d'expression égale pour tous et
ce pour une très bonne raison.
On dit souvent que les réseaux sociaux
sont un marché des idées, mais c'est une
illusion parce que sur ce marché, tout
le monde n'a pas la même voix. Il y a
ceux qui restent en bas et qui parlent
normalement et il y a ceux qui sont
perchés sur une estrade avec un
mégaphone. Et qui a accès à cette
estrade ? Ce sont les algorithmes des
plateformes qui le décident.
Et il favorise surtout les contenus
provocateurs, commentaires haineux,
fausses informations alarmistes parce
que ce sont ces contenus qui sont le
plus partagés. Ce que font les
algorithmes avant tout, c'est capter
notre attention. Qu'est-ce qui retient
le plus les gens sur la plateforme ?
L'intérêt économique est évident. Il
faut qu'on y reste le plus longtemps
possible pour qu'elle gagne un maximum
d'argent.
Mais certains propos tenus sur ces
plateformes peuvent mener droit au
tribunal car la loi s'applique en ligne
comme dans la vraie vie.
En Allemagne, la liberté d'expression
est limitée par les droits de la
personnalité. Commettre un délit comme
menacer quelqu'un de mort, c'est
franchir la frontière de ce qui est
acceptable.
Des cas de ce genre, Annalena en voit
passer beaucoup. Elle dirige
l'organisation Hid qui conseille les
victimes de violence en ligne et les
aide à se défendre en justice.
Avec succès, dans de nombreux cas, les
tribunaux ordonnent la suppression des
contenus incriminés sur les réseaux
sociaux. Outre
Atlantique, on crie à la censure. Fin
2025, l'administration Trump va jusqu'à
interdire l'accès au territoire
américain à Annalena. C'est sur les
réseaux sociaux qu'elle l'apprend.
Il n'y a pas de dossier, on ne peut rien
consulter. Trois messages sur X, c'est
tout. Le département d'État américain
nous a interdit l'entrée sur le
territoire. Ces sanctions ont de lourdes
conséquences.
Des avocats avertissent l'ONG. Cette
décision pourrait porter un coup dur au
travail qu'elle effectue. Car pour
fonctionner, Hade dépend aussi
d'entreprise basé aux États-Unis.
Concrètement, nos cartes de crédit
pourraient être bloquées et toutes les
entreprises américaines pourraient
cesser de collaborer avec nous. Du jour
au lendemain. C'est toute notre
infrastructure numérique qui risque de
s'effondrer. Celle de l'organisation,
mais aussi la mienne sur le plan
personnel.
Au bout du compte, la question n'est pas
tant la liberté d'expression que le
pouvoir.
On est face à une administration qui
revendique pour elle-même une liberté
d'expression totale sans limite au motif
qu'on doit pouvoir tout dire
et qui quand d'autres personnes la
critiquent et émettent un désaccord
inflige une interdiction de territoire.
Peu importe la voix qu'on estime juste,
la liberté d'expression reste une
négociation permanente avec toutes ces
contradictions.
Le scénario idéal pour la démocratie,
c'est que tout le monde puisse débattre,
qu'on puisse aussi s'affronter de
manière polémique.
Mais ça suppose que chacun puisse
s'exprimer sans crainte, sans avoir peur
d'être passé à tabac, arrêté ou menacé
de mort pour ses opinions.
Aujourd'hui, beaucoup de gens remettent
en question la liberté d'expression
absolue.
Il faudrait peut-être quelques gardes
fou pour mieux protéger cette liberté
dans son ensemble.
Pourtant, une part d'incertitude
subsistera toujours. Personne ne peut
nous enlever la peur d'être regardé de
travers, critiqué ou rejeté. Car la
liberté d'expression ne consiste pas
seulement à émettre une contradiction,
elle exige aussi de savoir l'accepter.
Ce narrateur est un idiot.
Ask follow-up questions or revisit key timestamps.
Ce documentaire explore l'histoire complexe et paradoxale de la liberté d'expression, de l'Antiquité athénienne aux défis posés par l'ère numérique. En examinant comment les sociétés ont oscillé entre le besoin d'ordre et la nécessité de la critique, il met en lumière les tensions entre censure, émancipation technologique et les nouvelles dynamiques de pouvoir sur les réseaux sociaux.
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